Nous avons contacté il y a quelques semaines l’école 42, souhaitant en savoir un peu plus sur le fonctionnement de cette école disruptive, aux codes bien différents de l’université française. Et si oui, la transformation digitale rimait avec bouleversement totale des méthodes de management et d’enseignement ?

Fabienne Haas, nous a accueilli avec beaucoup de gentillesse et guidé notre visite.

Que pouvez-vous nous dire sur l’école 42?

F: L’école 42 a été créée en 2013. L’école est gratuite sans condition de diplôme avec une grande diversité et c’est cela qui fait la richesse de l’école. Il n’y a pas de prof, il n’y a pas de cours, tout est fait sous forme de projet. Les étudiants travaille principalement en groupe autour de projet et c’est comme cela qu’ils acquièrent des compétences.

 

Combien d’élèves avez-vous formé depuis la création en 2013?

F: Aujourd’hui 3500 élèves sont passés par l’école 42. Nous accueillons 900 élèves par an. Ceci sont répartis dans trois open space de 300 places chacune.

 

D’où proviennent les projets sur lesquels vos élèves travaillent?

F: Les projets proviennent d’origine diverse : les projets peuvent être proposés par l’équipe pédagogique, par des élèves ou par des entreprises. De ce fait, les projets sont très variés.

 

Comment font-ils pour réaliser ces projets sans formation?

F: Nous partons d’un constat simple, : TOUT est sur Internet. Toutes les connaissances dont a besoin notre élèves sont sur Internet. Notre travail consiste à les former à apprendre à chercher, à sélectionner, et à utiliser ces données récoltées.

Cet apprentissage est bénéfique dans tous les secteurs nous apprenons à nos élèves à être débrouillard, intuitif et à s’adapter à toutes les situations. Les projets sont volontairement très difficile afin de les former à chercher.

 

Quelle est la méthodologie pédagogique adoptée?

L’objectif c’est qu’ils trouvent les solutions par eux mêmes. Lorsque les élèves viennent nous voir pour nous poser des questions, on leur dit “Demande à ton voisin de droite, ton voisin de gauche puis regardent sur Google. “

Selon notre directeur ”Apprendre rend idiot”. Se bourrer la tête de connaissances aprises par coeur de sert à rien.  

De plus, nous ne sommes que 40 pour les encadrer(y compris les équipes de ménage). ils doivent donc se débrouiller seul, un maximum.

 

Quelles sont les valeurs de l’école 42?  

F: Si on devait citer les valeurs de l’école 42 on pourrait citer :

– la communauté : les élèves travaillent en permanence ensemble et cela fait leur force.

– la gratuité : cela nous permet de varier les profils d’élèves.

– ouvert à tous : même des personnes ayant pas de diplôme peuvent tenter leur chance à l’école 42 et cette approche est unique en France.

 

Vous hébergé aujourd’hui une exposition de street art. Quel est le rapport avec l’école?

F: Nous partons du principe que l’informatique c’est de l’ART. Le développeur part de rien pour créer un projet dans sa globalité.

Cette exposition, crée en interne, présente une autre forme d’art à nos étudiants. Mais l’exposition ouvre aussi ses portes au grand public. Vous êtes donc les bienvenus!

Une des élèves a accepté de nous parler de son parcours, une élève atypique à l’image de l’école.

Minh est en dernière année de chirurgien dentiste et s’ennuyait déjà dans son métier de dentiste. La répétition des tâches de dentiste ne lui plaisait pas.

M: J’ai un frère informaticien et c’est grâce à lui que je suis ici. Mon frère m’a dit de m’intéresser à l’informatique et le code m’a rapidement stimulé. J’ai décidé de faire les 2: terminer mes études de chirurgien dentiste et commencer l’école 42. La flexibilité de l’école 42 est idéale pour moi, on peut faire ce qu’on veut, arriver quand on veut et je peux venir sur mon temps libre 7/7 24h/24.

Mon rêve? Créer des dents connectées.

F: Les étudiants s’organisent comme ils le souhaitent. Il y en a beaucoup qui travaillent à côté de l’école. La formation a été pensé pour durer 3 ans mais pour certains, elle dure 5 ans car ils font l’école sur leur temps libre. Pour d’autres, ils travaillent 15 heures par jour pour la terminer en 18 mois.

Ils peuvent tout à fait, faire 1 année de césure, à partir du moment où ils nous préviennent pour laisser une place.

 

Minh me fait une rapide démonstration de leur Intranet. Je découvre alors leurs outils.

M: L’école nous met à disposition un grand nombre de logiciels. Nous choisissons celui avec lequel nous avons le plus d’affinités. Certains outil nous permettent de discuter avec toute l’école.

 

Quel est votre rapport avec l’équipe pédagogique?

M: Nous sommes en contact direct avec le staff(qu’on appelle bocal à l’école de Niel). Chaque élève peut échanger sur Slack ou frapper directement à la porte du bocal. Si plusieurs élèves font une même demande, l’équipe pédagogique considère qu’elle a lieu d’être étudié et y répond très rapidement.

 

Comment fonctionne, plus précisément,  votre formation?

M: Lorsque nous sommes accepté, après avoir passer un mois d’examen(la piscine), nous avons accès à un arbre de projets, qui dénombre l’ensemble des projets que nous devrons faire durant notre cursus. Nous développons les projets au fur et à mesure, à notre rythme. Chaque projet effectué débloque un autre projet. Au bout d’un certain nombre de projet, nous avons complété un level. Un level correspond en moyenne, à 1 mois de travail et 5 projets. Au bout de x level validés, nous pouvons partir en stage. Il y a 2 stages obligatoires durant la formation.

Et pour finir l’école, l’élève doit atteindre un certain nombre de points et terminer ses 21 level.

 

F: Tout le process est gamifié.

Un système de points a été mis en place. A chaque projet validé, les élèves gagnent des points. Ces points participent à entretenir la cagnotte de la coalition auquel appartient l’élève.

 

Qu’est-ce qu’une coalition? A quoi ca sert?

F: Comme dans Harry Potter, l’école a créé des coalitions. Chez Harry Potter ce sont des maisons mais le système est le même. Il y a 4 coalitions dans l’école. Chaque coalition est alimenté par les points gagnés par ses membres. Lorsque les membres valident un projet, font un stage, la coalition gagne des points.

A la fin de l’année, il y a une remise des prix avec une soirée aux couleurs de la coalition gagnante.

 

En dehors, de la coalition, les élèves ont-ils des défis personnels à relever?

F: Oui, l’élève peut gagner ses propres points pour remporter des prix. Il y a des quêtes rigolotes: participer à 42 conférences, aller sur le campus américain etc.

Cela leur permet de gagner des points wallet. Lorsqu’ils ont atteint les seuils de gains, ils peuvent ensuite réserver le jacuzzi, réserver l’amphithéâtre pour projeter un film, louer la salle du bar pour leur anniversaire, etc.

L’école 42 est donc un véritable lieu de vie?

F: Oui, nous les chouchoutons. Les élèves ont du matériel informatique dernier cri, ils ont accès à une salle de sport, une salle de jeu vidéo.

Ils sont assez libres. Il n’y a pas beaucoup de règles mais en revanche quand ils ne respectent pas les quelques règles, ils ont des travaux d’intérêts généraux: faire du ménage par exemple.

 

Et quelles sont ces règles?

F: Par exemple: badger quand on rentre, ne pas laisser son laisser son ordinateur pas verrouillé, pas manger dans la salle machine, faire ses levels dans les temps pour laisser des places libres. En effet, nos étudiants sont un peu encadré par le temps pour pouvoir laisser l’opportunité à d’autres élèves de faire le même parcours.

 

En dehors de ces quelques règles, j’ai entendu dire, que vous bichoniez vraiment vos élèves…

F: Nous intervenons dès que des soucis personnels entrent en jeu, les empêchant de suivre correctement leur cursus. Par exemple, nous pouvons nous porter garant sur un prêt étudiant. L’objectif est d’enlever tous les freins extérieurs à une bonne scolarité.

Pour continuer dans cette optique, nous allons créer un campus, juste en face. En face de l’école, il y a un garage Renault qui va fermer. Nous avons gagné un appel à projet pour récupérer le bâtiment et créer des dortoirs pour nos élèves.

De manière générale, vos élèves sont très autonomes. Vous formez de véritables entrepreneurs?

F: Pas forcément, ils sont autonomes mais régie par les règles du travail en groupe. Cependant, c’est vrai que, de part notre pédagogie d’apprentissage, en effet, nous avons 30% d’entrepreneurs. Le reste travaille dans des grands groupes ou startup. Nos développeurs sont très courtisés. Beaucoup arrête la formation avant car ils ont trouvé du travail ailleurs.

 

Est ce que le modèle de l’école est scalable?

F: Nous avons des licences en Afrique du Sud, Pays bas, Ukraine, Finlande, Roumanie etc. Le modèle est donc très courtisé.

 

J’ai souhaité ensuite poser 1 petite question sur leur vision du des métier de demain. Quel est l’avenir pour le digital?

F: Tout évolue très vite. 80% des métiers de demain n’existent pas aujourd’hui. Personne ne sait de quoi demain sera fait et c’est en ce sens, que notre formation autonome est totalement adapté.

 

AUjourd’hui les entreprises sont très demandeuses d’informaticiens. Il manque 100 000 informaticiens aujourd’hui et nous ne formons “que” 1000 élèves chaque année. Il y a encore de quoi faire!

 

Avec cet entretien, nous prenons réellement compte que le monde de l’enseignement conservateur est en train de se bouleverser, qu’un nouvelle mode de management émerge que le travail de demain ne sera plus celui d’hier, mais restera du travail.

L’école forme ses élèves à l’autonomie. Chacun évolue à son rythme, tout en privilégiant le travail en équipe. Chacun doit donc graviter autour d’un groupe et apporter sa pierre à l’édifice des projets. Ici, c’est la variété des profils qui fait la force d’une équipe. Et chaque élève a le droit à une seconde chance (après le cursus scolaire classique) pour valoriser ses compétences.

L’école 42 a aussi créé un véritable lieu de vie, un cocon dans lequel les élèves se sentent bien pour travailler. Chaque soucis personnel est traité rapidement pour laisser place au travail.

Enfin, le travail c’est bien mais la récompense c’est mieux. Chaque membre de l’école est valorisé. Il est mis en avant lorsqu’il réussi pour le pousser à aller encore plus loin.

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