Elon Musk est-il un homme du futur ? est-il le fils spirituel de Jules Vernes ou celui de Georges Méliés, l’inventeur du trucage cinématographique ? Habité! le terme lui va bien. Il fourmille d’idées… souhaite t’il Inventer le futur, ou ré-inventer l’avenir ? En tout cas, il fait partie de ces nouveaux utopistes qui pensent pouvoir rendre le monde meilleur en s’appuyant sur l’accélération prodigieuse des technologies. Ce qui n’exclut évidemment  pas pour le quadra d’origine Sud-Africaine de faire du business et de gagner beaucoup d’argent. C’est un monde dans lequel évoluent Larry Page et Sergey Brin (Google), Jeff Bezos (Amazon), Tim Cook (Apple) ou encore Mark Zuckerberg (Facebook). À côté des big boss des Gafa, Elon Musk se distingue. Il est plus inspiré, plus fou et encore plus audacieux.

 

 

Dans un long portrait qu’il consacrait à Elon Musk en 2012, le magazine Esquire s’interrogeait : le patron de Space X et de Tesla est-il un «visionnaire qui pousse les Américains à redevenir des explorateurs» ou bien un «homme si distrait par sa vision que son œuvre ne restera qu’une série de déceptions brillantes» ? Aujourd’hui quelques années plus tard, l’énigme reste entière. Le 6 février, Space X parvient à faire décoller sa nouvelle fusée, la Falcon Heavy, qui place un coupé Tesla rouge en orbite, avant de la faire revenir sur Terre les propulseurs d’appoint. Le tout retransmis en direct sur le site web de Space X. Lundi, après avoir annoncé des pertes record pour 2017 (2 milliards de dollars), Tesla, l’entreprise de voitures électriques également propriété de Musk, a annoncé avoir suspendu, pour cause de problèmes industriels, la production de sa Model 3, puis annonçait que la cadence de production de la Tesla Modèle 3 passerait à 6 000 unités par semaine à partir de juin 2018.

« J’aimerais bien mourir sur Mars, mais pas lors de l’impact… » Elon Musk

Elon Musk construit des fusées (100 % américaines) pour aller sur Mars, il s’efforce de faire de la voiture électrique (100 % américaine) un produit de consommation courante. Ses rares apparitions publiques tournent au show, mi-rock star, mi-gourou hyper proteïné. En mars, il vient se produire au très prisé festival de musique et de nouvelles technologies «South by Southwest», à Austin. Il y développe ses théories sur l’ intelligence artificielle et conquête de Mars, pendant ce temps-là, les Gafa sont sous le feu des projecteurs, accusés, pêle-mêle, de faire peu de cas de la vie privée de leurs utilisateurs, d’influencer les élections en propageant des fake news ou de recourir allègrement à l’évasion fiscale…

De l’Afrique du Sud à Mars

Musk voit le jour en 1971 à Pretoria, en Afrique du Sud. Mère diététicienne et mannequin, père ingénieur mécanique, et un divorce, en 1980. Elevé par un  père qui dit de lui qu’il est bon «pour rendre la vie des autres pitoyable», Elon garde de son enfance en Afrique du Sud un souvenir douloureux. Gamin, Musk lit énormément, de la science-fiction (Asimov, Adams, Tolkien). Hypermnésique, il se met au code informatique. Son profil de geek dans la culture musclé du régime d’apartheid lui vaut d’être souvent  passé à tabac par les costauds du lycée. En classe, il se fait remarquer par sa critique des énergies fossiles et son dessein de coloniser d’autres planètes.

 

Dans sa jeunesse, en Afrique du Sud, Elon Musc lit Asimov, Orwell, Wells…

Musk « tenancier » de boite de nuit pour financer ses études.

En 1989, il traverse l’Atlantique et s’inscrit à l’Université Queen’s, dans l’Ontario. Le jeune homme, qui étudie l’économie et la physique, rejoint ensuite la fac de Pennsylvanie, où il vit en colocation avec un dénommé Adeo Ressi. Dans la très complète biographie (1) qu’il a consacrée à Elon Musk en 2015, le journaliste Ashlee Vance fait le récit des folles soirées organisées par la paire dans l’immense maison louée à l’extérieur du campus, reconvertie en boîte de nuit le week-end : 5 dollars l’entrée, musique et alcool à volonté. «Je devais financer mon année à la fac et comme ça, je pouvais me payer un mois de loyer en une seule soirée, se souvient Musk. Adeo était chargé de rendre la fête la plus cool possible, et moi de superviser le truc.» 

2 ZIP : Première Startup vendue à 27 ans, Musk encaisse 22 millions de dollars, s’achéte une Mac Laren et frime dans Palo Alto.

Dans un article universitaire sur l’énergie solaire rédigé en 1994, Musk impressionne déjà par sa capacité à tracer un chemin articulant avancée scientifique et business plan. Alors que ses années d’étudiant se terminent, il pense à travailler dans l’industrie du jeu vidéo mais estime que son impact sur le monde sera trop limité. En 1995, il s’installe dans la Silicon Valley. Avec son frère cadet, il crée Zip2, un annuaire d’entreprises sur Internet. La start-up décolle, mais Musk en perd peu à peu le contrôle. En 1999, la boîte est revendue pour 307 millions de dollars, dont 22 pour l’aîné des Musk. Elon, 27 ans, est multimillionnaire et flambe. Il s’achète une McLaren, avec laquelle il arpente les rues de Palo Alto ; il crâne sur CNN… Sa nouvelle entreprise, X.com, une banque en ligne, fusionne avec le Paypal de Peter Thiel. Nouveau succès spectaculaire, dont il tirera 250 millions de dollars lorsque Paypal est revendu à eBay en 2002.

Paylpal revendue à E bay : 250 millions pour Elon Musk.

Au tournant des années 2000, la Silicon Valley est devenue trop petite pour Elon Musk. Avec sa première épouse, l’écrivaine Justine Wilson, il déménage à Los Angeles. C’est là qu’il commence à s’intéresser sérieusement à l’industrie spatiale. Musk envisage d’abord d’envoyer des souris sur Mars, puis d’y installer un potager pour prouver qu’on peut y vivre, mais réalise que les coûts sont prohibitifs. C’est d’abord en Russie qu’il pense trouver la solution en achetant des missiles balistiques intercontinentaux qu’il reconvertirait en fusées. Le voilà en voyage d’affaires en train de trinquer à la vodka avec les potentiels vendeurs : «A l’espace ! A l’Amérique !» Le deal finit par capoter, les Russes se montrant trop gourmands.

 Monter une société de fusée rentable, c’est possible affirme Musk

Dans l’avion du retour, Musk fait part de son projet à ses associés : pourquoi ne pas construire une fusée soi-même ? Aprés avoir sérieusement étudiée la question. Il en est convaincu, il peut monter une société de fusées rentable. Dans Esquire, Adeo Ressi se souvient de cet épisode : «J’ai fait venir des gens à Los Angeles pour participer à une réunion du genre Alcooliques anonymes. On était tous assis autour de la table avec Elon, et on lui a dit : « Tu ne peux pas lancer une entreprise de fusées, c’est stupide. » Lui a juste répondu : « Je vais le faire. Merci. »» Space Exploration Technologies Corp., alias Space X, voit le jour en juin 2002.

« Do it yourself » : la disruption selon Elon MusK

Musk y investit 100 millions de dollars de sa fortune personnelle et fixe un calendrier ambitieux : envoyer une fusée dans l’espace en novembre 2003. Il lui faudra près de cinq années supplémentaires pour réaliser cette première étape. Au début, les mastodontes du secteur (Lockheed Martin, Boeing) regardent la start-up californienne de haut. Les ingénieurs de Space X ne font rien comme les autres. Ils avancent en échouant : on ne compte plus les explosions prématurées, les moteurs détruits. Musk n’en a cure. En 2012, il confie à Wired que l’industrie spatiale américaine souffrait d’un «énorme parti pris contre la prise de risque». A ses yeux, le secteur n’a effectué presque aucun progrès technologique majeur depuis que Neil Armstrong a mis le pied sur la Lune en 1969. Il entend bousculer le statu quo et recrute une bande de brillants ingénieurs. Il supervise la majorité des 1 000 premières embauches et demande énormément à ses ouailles : semaines de travail de 90 heures, nuits et week-ends passés au boulot…

 

DO IT YOURSELF : La disruption selon Elon Musk.

80 à 90 % des composants utilisés par Space X sont produits en interne

Mais la méthode Space X, c’est aussi la recherche de solutions maison, pour ne pas dépendre des prix et des délais des fournisseurs. De 80 % à 90 % des composants des fusées sont produits en interne. Ashlee Vance livre une foule de détails. Un jour, Musk donne un budget maximal de 5 000 dollars pour fabriquer une pièce facturée 120 000 dollars par un fournisseur. Neuf mois plus tard, l’ingénieur revient avec une pièce à 3 900 dollars. Pointilleux, le patron va jusqu’à fixer par mail la liste des acronymes qu’il autorise au sein de la boîte. Objectif : faire en sorte que le langage reste évident et compréhensible par tous.

2004 : un pari presque aussi fou que Space X lancer un modèle de voiture électrique belle, puissante, capable de passer de 0 à 100 km en 4 secondes

Les jeunes années de Space X sont néanmoins semées d’embuches. Les premières tentatives de lancement ont lieu sur une île perdue au milieu du Pacifique, car les grosses entreprises du secteur ne veulent pas lui laisser accès aux bases traditionnelles américaines. Musk et ses équipes y restent parfois plusieurs mois en camping, essuyant échecs sur échec. Les objectifs annoncés sont rarement tenus, les affaires de Musk ne sont pas loin de capoter. En 2004, il décide d’investir dans une toute jeune entreprise de voitures électriques, Tesla. Il fixe un objectif , créer un modèle de voiture électrique belle et puissante, capable de passer de 0 à 100 km/h en quatre secondes. Un produit de luxe, facturé 100 000 dollars l’unité, censé permettre à Tesla de se donner les moyens de développer un modèle grand public par la suite.

Le premier prototype est présenté en 2006 en présence du gouverneur californien, Arnold Schwarzenegger. Les cofondateurs de Google s’engagent à acheter les premiers modèles. Les préventes s’envolent. Musk applique les mêmes méthodes qu’à Space X : «Do it yourself» et débrouille, comme lorsque des ingénieurs en parka testent une batterie dans un camion frigorifique loué pour la journée, parce que cela coûte moins cher qu’une chambre froide. Autre constante : une exigence d’engagement total, sous peine d’un retour de bâton très violent. Dans son livre, Vance raconte cet épisode d’un article dans la presse sur les déboires de Tesla, dont Musk finit par trouver l’origine en calculant la taille du mail qui a fuité et en repérant l’imprimante sur laquelle il a transité. L’employé finira par démissionner. Ou cette autre histoire, lorsqu’un salarié manque une réunion pour assister à la naissance de son enfant, et à qui le boss aurait dit : «On est en train de changer le monde et l’histoire. Soit tu t’engages, soit non.» Musk dément.

 

 

2008 Année des premiers succès.

Le 28 septembre, Space X parvient à envoyer en orbite son Falcon 1, après six années d’efforts. C’est le premier engin 100 % privé à réaliser cet exploit : la start-up californienne a bien grandi. Le 23 décembre, l’entreprise signe un contrat de 1,6 milliard de dollars avec la Nasa pour ravitailler la station spatiale internationale. L’avenir est assuré.

Dès lors, les succès s’enchaînent. Malgré l’explosion d’une fusée en 2016, Space X poursuit ses prouesses. En février 2017, l’entreprise parvient à relancer une fusée déjà utilisée, la clé de son modèle économique, qui lui permet ainsi de baisser drastiquement ses tarifs. L’an passé, pour la première fois depuis dix ans, les Etats-Unis revenaient en tête du classement mondial des lancements spaciaux,  Space X  comptait pour 18 lancers sur 29 lancements américains.

2012, la TESLA modéle S, première berline 100 % électrique voit le jour…

Non content de redonner confiance à l’industrie spatiale américaine, Musk lance en 2012 la Model S, la berline 100 % électrique révolutionnaire pour l’époque. Motor Trend Magazine salue la «preuve que l’Amérique peut encore faire de grandes choses». Les Tesla sont à la voiture ce que les premiers iPhone sont au téléphone. Des produits de luxe, hautement désirables et marqueurs sociaux. Il est aujourd’hui à la tête d’une fortune estimée à 20 milliards de dollars, Musk n’a pas balayé tous les doutes sur sa personnalité . Certains voient en lui un homme trop confiant, trop touche-à-tout. D’autres, encore plus sévères, ironisent sur sa capacité à lever des fonds pour financer des projets peu rentables.

2018, elle voit l’espace !

Installé dans la Silicon Valley depuis une trentaine d’années, où il fait du capital-risque, Jean-Louis Gassée, ex-patron d’Apple France, voit en Elon Musk un leader qui «embauche et vire très bien», «plus compétent techniquement que pas mal de PDG». «J’ai de l’admiration pour le coup de pied qu’il a su mettre dans le guêpier…». Les actionnaires de Tesla semblent partager cet avis. Il y a quelques semaines, ils ont dévoilé le plan de rémunération prévu pour Musk au cours des dix prochaines années : le boss pourrait toucher jusqu’à 56 milliards en stock-options, à condition d’améliorer drastiquement la valorisation de l’entreprise…Dans Vanity Fair, Marc Mathieu, un responsable de Samsung, le décrivait comme un «croisement entre Steve Jobs et Jules Verne». Adepte du festival Burning Man, utilisateur compulsif de Twitter, lecteur invétéré de science fiction, Musk redoute plus que tout l’avènement d’une intelligence artificielle mal intentionnée, une «flotte de robots capables de détruire l’humanité». 

 

https://www.lesechos.fr/industrie-services/air-defense/0301324316233-elon-musk-un-patron-devenu-super-heros-2155451.php

http://www.liberation.fr/france/2018/04/17/space-x-tesla-the-show-musk-go-on_1644067

http://www.lefigaro.fr/sciences/2018/02/16/01008-20180216ARTFIG00355-elon-musk-l-homme-qui-invente-le-futur.php

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/video-elon-musk-roi-de-la-com-et-bientot-de-l-espace-767545.html

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